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Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France
 
Désignation générale : 

collier

Collier de Naix

"Trésor de Naix : collier aux camées"

Création / Exécution : 

202 (vers)

Précisions datation : 

La mode des monnaies montées, née au début de l'époque impériale, connaît un grand développement au IIIe siècle. Cette mode, peut-être originaire d’Égypte, est très limitée dans le temps dans la partie occidentale de l'empire puisqu'elle ne dure quasiment que du début du IIIè siècle aux années 275, sous les Sévères et les empereurs gaulois notamment. La cohérence du programme idéologique de ce collier, tout à fait volontaire, interdit de lui attribuer une date postérieure aux années 210.
Lieu de découverte : 
Collecteur(s) : 
Date de découverte : 
15/02/1809
Précisions sur la découverte : 

Pierre Maulan trouva dans son champ, enfoui à peu de profondeur le long d'un mur de moellons calibrés, un coffret en bois garni de lames de cuivre contenant une statue d'Esculape en pierre, huit colliers d'or et de pierres (inv.56.128, inv.56.117, inV56.119, inv.56.121, inv.56.125, inv.56.126, inv.56.127, inv.56.130), cinq bagues en or, six en argent, de petites bagues à intailles, un stylet d'ivoire, un lingot d'or de trois ou quatre onces, un rouleau d'or en fil de plus d'une demi-livre, des doigts creux en or et 1450 monnaies en parfait état. Deux tiers étaient des antoniniani l'effigie d'empereurs du IIIè siècle, de Julia Domna à Gallien, qui permettent d'estimer l'enfouissement du trésor dans les années 260-268.
L'ensemble fut rapidement dispersé: un antiquaire de Metz acheta les monnaies (dont le lieu de conservation actuel est inconnu) mais, par ordre du ministre de l'Intérieur, une partie des bijoux fut acquise pour la Bibliothèque impériale, pour la somme de 1680 francs, le 5 mai 1809. Ils ont été soigneusement décrits.

Le site antique de Nasium, ancienne cité des Leuques est mentionné par les grandes sources antiques (Géographie de Ptolémée au IIe siècle, la table de Peutinger au IIIè siècle et l'itinéraire d'Antonin au IVè siècle) et l'emplacement actuel de Naix-aux-Forges est connu depuis la Renaissance. De multiples trouvailles fortuites, ainsi que plusieurs campagnes de fouilles, dès le XVIIIè siècle mais surtout au XIXè siècle et, plus récemment, en 1969, ont livré de nombreux vestiges architecturaux et des milliers d'objets. La découverte de lingots, de fil d'or roulé, de pierres brutes, le grand nombre de pierres gravées, dont certaines simplement polies, ont fait supposer l'existence d'ateliers d'orfèvres et de graveurs de pierres à Nasium, à moins qu'il ne s'agisse de commerces de bijoux et de pierres gravées, en lien avec l'importance religieuse du site. Les fouilles récentes ont identifié un sanctuaire de 8 ha, composé au moins d'une dizaine de fana, temples de tradition indigène, qui se sont succédé sur le plateau de Mazeroie proximité du Rupt Lallemand où Pierre Maulan avait découvert le trésor, de la fin du Ier siècle av. J-C. jusqu'à la fin du IIe siècle - ce qui correspond à la période de prospérité de la cité, du Ier au IIIe siècle. Le fait que les bijoux, objets précieux, aient été entassés dans le même coffret avec une statue d'Esculape et un lot de monnaies neuves a laissé penser qu'il pourrait s'agir d'un trésor de temple, enfoui durant la décennie troublée de 260-270. En l'absence de dédicace, ce pourrait être aussi une famille qui a voulu conserver à l'abri ses biens les plus précieux et l'image d'une divinité protectrice de la domus.
Matières et techniques : 

or

agate-onyx

Mesures : 

L. 27 cm

Description : 

Hormis la chaînette ou le lien, en cuir ou en tissu, de suspension, tous les éléments du collier ont été préservés. Il est le seul collier subsistant de la Gaule romaine où les camées sont restés dans leur montage d'origine. Les six pendants suspendus par des bélières cylindriques sont formés de deux camées et de cinq monnaies d’or (aurei) sertis dans des bordures travaillées à jours, selon la technique de découpe dite « opus interrasile », séparés par cinq tubes polygonaux, creux, à collerettes évasées et bandelettes d’or en zigzag.

- Aureus d’Hadrien, Rome, 134-138. Droit : tête d’Hadrien à droite, HADRIANVS AVGVSTVS ; revers : bustes accolés de Trajan et Plotine, DIVIS PARENTIBVS
- Aureus de Septime Sévère, 201-202. Droit : l’empereur lauré, de profil à droite. Légende : SEVERVS AVGVSTVS PART MAX ; revers : Caracalla et Géta, cuirassés, en vis-à-vis. Légende AETERNIT IMPERI
- Aureus de Caracalla, 198-201. Droit : buste cuirassé de Caracalla lauré, ANTONINVS AVGVSTVS ; revers buste cuirassé de Geta, P.SEPT GETA/ CAES. PONT
- Aureus de Geta, 200-202. Droit buste cuirassé de Geta, P.SEPT GETA/CAES PONT. ; revers : buste radié de Caracalla, SEVERI INVICTI AUG. PII FIL
- fermoir : Aureus d’Antonin le Pieux. COS III, revers : Marc Aurèle, à collerette étroite à arceaux et deux bélières latérales - trouvé dans le même coffret mais séparé du collier (Chabouillet.2560).
- Camée de Julia Domna. Onyx à deux couches, convexe, monté dans un boîtier en or à bordure en arceaux. Camée : 2,6 x 1,7cm.
- Camée de Minerve. Onyx à deux couches, convexe, monté dans un boîtier en or à bordure en arceaux. Camée : 2,6 x 1,7cm.

Les monnaies sont à l’effigie d’Hadrien (avec, au revers, ses "parents adoptifs", Trajan et Plotine), de Septime-Sévère, de ses fils Caracalla et Géta. Le fermoir, à deux bélières latérales, est formé d'un aureus d’Antonin le Pieux. Ce mélange de portraits de la dynastie des Antonins et de la dynastie sévérienne correspond à la volonté de Septime Sévère de se présenter comme l'héritier des Antonins et d'affirmer sa légitimité.
Les camées sont taillés dans des agates convexes à deux couches, très fortement polies, typiques de la production du début du 3e siècle. Ils représentent, l'un Minerve casquée, en buste de profil, l’autre, l'impératrice Julia Domna, épouse de Septime Sévère, également en buste de profil, mais avec une coiffure aux bandeaux ondulés imitée de celles de Faustine II ou de Lucilla, épouse et fille de Marc-Aurèle. L’impératrice syrienne est ainsi rattachée aux princesses antonines et mise sur le même plan que la déesse dont elle semble partager la puissance. La riche romaine qui portait ce luxueux collier, peut-être cadeau impérial, montrait à la fois l’opulence de sa famille et sa fidélité à l’empereur.

Mode d'acquisition : 
Donateur(s), testateur(s) ou vendeur(s) : 
Date de l'acte d'acquisition : 
05/05/1809
Ancienne(s) appartenance(s) : 
Numéro d'inventaire : 

inv.56.128
Autre(s) numéro(s) : 

Chabouillet.2558 ; camée.367
Bibliographie : 

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