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Désignation générale: 

olifant

"Olifant de la Chartreuse de Portes"

Création / Exécution: 

Italie, Campanie, Salerne (région de, lieu de création)
Italie, Italie méridionale, Amalfi (région de, lieu de création)
entre 1050 et 1150

Lieu de découverte: 
Date de découverte: 
1400 (?)
Précisions sur la découverte: 
L'olifant est resté dans le trésor du monastère de la Chartreuse de Portes jusqu’à la Révolution française.
Selon la tradition rapportée par les moines de la Chartreuse, il aurait été trouvé par des bergers vers 1400 dans une grotte, la « Balme de Roland », près d’Ordonnaz (Ain) dans les monts du Bugey, et déposé à la chartreuse de Portes, monastère fondé en 1115. Lors d’un séjour à La Chartreuse de Portes en 1781, un savant local, Thomas Riboud, étudie l’olifant, qu’il publie dans le Journal des Savants en 1785. Au moment de la Révolution française, les moines décident de lui confier l’olifant, par souci de préservation. Après la mort de Riboud en 1835, l’ivoire est acheté par le duc de Luynes. Ce dernier, fin connaisseur de l’art antique de la Grèce et du Proche-Orient s’était aussi intéressé à l’Italie du Sud du 13e siècle, et en particulier aux archives et aux monuments des Normands. Ce rare olifant a dû le séduire par la beauté de la matière, la qualité de son travail, la diversité de l’iconographie qui puise aux sources antiques et orientales que lui-même connaissait parfaitement. Il le donne, avec sa collection d’antiques, au Cabinet des médailles en 1862.

Matières et techniques: 

ivoire d'éléphant

Mesures: 

D. 14,5 cm, L. 73 cm

Description: 

L’olifant est taillé dans une grande défense d’éléphant d’Afrique, soigneusement évidée ; le cément extérieur, friable et blanc, a été poncé et la surface polie. La pointe et deux bandeaux ont été taillés en retrait et laissés lisses afin d’y ajuster des bandes en métal - peut-être d'or ou d'argent puisqu’elles ont été ôtées dès avant la Révolution - qui permettaient de porter le cor en bandoulière. Une embouchure métallique, disparue, augmentait la portée du son, déjà très puissant sans cet élément si l’on en croit Thomas Riboud, son possesseur à la fin du 18e siècle, qui dit l’avoir expérimenté. Ces éléments métalliques étaient fixés par des clous qui ont été sciés. D’autres clous sont le témoignage d’une bordure orfévrée qui protégeait la plus grande ouverture de la trompe et d'appliques décoratives dans les frises. Cinq bandeaux sont sculptés en bas-relief, les détails repris au ciseau. Les bandes lisses sont entourées de frises de rinceaux végétaux, qui présentent de nombreux évidements ronds, probablement incrustés autrefois de matériaux précieux. L’olifant devait ainsi offrir une riche polychromie.

1ère frise (registre supérieur) : cavalier à cheval combattant un animal monstrueux ; au revers sirène et lion ailé

Le motif du cavalier, tête nue, manteau flottant au vent, lance brandie, est fréquent dans l’art romain puis byzantin. Par contre le quadrupède que poursuit le chasseur prend un caractère fantastique par son cou écailleux et le serpent qui sort de sa bouche. De l'autre côté d'un arbre à longues palmes, une sirène ou harpie ailée à corps d'oiseau et tête de femme fait face à un lion ailé. La sirène, symbole de la tentation, est un motif répandu dans tout le monde méditerranée, aussi bien dans l’art grec et romain que dans l’art oriental. Au Moyen-Age, elle se retrouve en Occident -souvent avec un buste de femme sur un corps d’oiseau ou de poisson- tout comme dans l’art fatimide des 10e - 12e siècles.
Dessous, deux bandes de rinceaux encadrent une bande lisse.

2e frise : lion et licorne face à face ; au revers combat d’animaux (lion et biche)

L’unicorne est décrit par les auteurs grecs et latins comme l’âne indien, mais n’est pas représenté. Le mythe s’est probablement transmis par le monde arabe à l’Occident, où, à partir du 13e siècle, il donne naissance à la licorne, symbole de la pureté et de la grâce, dont l’image ne se fixe qu’à la fin du Moyen-Age. Les animaux face à face de part et d’autre d’un arbre de vie sont un motif récurrent de l’art oriental.

3e frise : oiseaux dans une coupe ; dromadaire harnaché ; revers aigle éployé

Le thème des oiseaux, colombes ou paons, buvant dans une coupe, bien connu dans l'art oriental, a été transmis à l'Occident par l'intermédiaire de tissus et d'ivoires dès l'Antiquité tardive ; fréquent à l'époque paléochrétienne, il le restera dans l’Occident roman (11e-12e siècles) comme symbole de l’eucharistie.
Le dromadaire, à une seule bosse, vit en Arabie et au Sahara. Il est ici harnaché, la selle surmontée d’une grande palme, tourné vers un aigle de face, aile éployées, un petit quadrupède dans ses serres.

4e frise : griffon ailé et sphinx à tête de femme face à face ; animal monstrueux et serpent ; combat d’un quadrupède et d’un oiseau de proie

Créature hybride, le Sphinx, à corps de lion ailé et tête de femme, est commune à toutes les cultures de la Méditerranée antique. Le griffon, généralement à corps de lion ailé et tête de rapace, est présent dès la fin du IVe millénaire en Élam et en Égypte, puis dans l’art grec à partir la fin du VIIIe siècle av. J.-C.

5e frise (registre inférieur) : le Bon Pasteur ; combats d’animaux

Le Bon Pasteur tire sa source des criophores (porteurs de bélier) de la Grèce puis de la Rome antiques, vêtus de l’exomis (tunique courte), une brebis sur les épaules. Ce thème devient dans l’art chrétien un symbole du Christ qui protège les fidèles et ramène la brebis égarée.
Chiens courant après un quadrupède ; combat de deux oiseaux ; portique à remplissage tressé et tête de femme ; quadrupède attaquant un oiseau

L’olifant était protégé par deux écrins : un écrin extérieur, grossier, en cuir lisse, rapiécé et un écrin intérieur en cuir fin à décor estampé, en léger relief, fragmentaire aux deux extrémités (cf. description détaillée de Thomas Riboud (1819, p.228-231). Son décor est réparti en cinq compartiments renfermant des animaux (paon, oiseau griffu, lièvres, chien, lions), des motifs géométriques et floraux (trèfles dans des losanges), et six écussons en losange avec des armoiries mi-parti, divisées verticalement avec d’un côté la moitié d’un château à trois tours, de l’autre la moitié d’une grande fleur de lis. Thomas Riboud a identifié ces armes à celles de Blanche de Castille (1188-1252), reine de France de 1223 à 1226 puis régente pour son fils Louis IX (Saint Louis), jusqu’en 1235. Si cette attribution n’est pas assurée, on peut relever que la technique du cuir estampée, connue depuis l’époque carolingienne, connaît une grande vogue aux 12e et 13e siècles.

Marques et inscriptions: 

Armes de Blanche de Castille (1188-1252) sur l’étui (disparu?)

Mode d'acquisition: 
Donateur(s), testateur(s) ou vendeur(s): 
Date de l'acte d'acquisition: 
1862
Numéro d'inventaire: 
inv.55.345

Autre(s) numéro(s): 
Luynes.958 (Inv.116)

Bibliographie: 

Shalem, Avinoam. Die mittelalterlichen Olifante. Berlin : 2014, p.258-264, B2.

Roc, Jean-Claude. L'olifant à l'époque romane. Aurillac : 2006, p.19.

Pace, Valentino. Fra l'Islam et l'Occidente, il mistero degli olifanti. fig.CIII a.

Bulliat, Ambroise-Marie., Joly,Léon. La Chartreuse Sainte-Marie de Portes. Etude historique. 2001, p.33 sq, 505.

Nicolle, David. Arms and armours of the crusading era, 1050-1350. Londres : 1999, n°669.

Swarzenski, H.. “Les Olifants” in Les monuments historiques de la France. 1966

Riboud, Thomas. Description d'un olyphant. Bourg-en-Bresse : 1819

"Extrait d'un mémoire manuscrit de M. Riboud adressé à M. Dupuy sur un ancien instrument de musique possédé par les Chartreux de Portes en Buguy", Journal des Savants. 1785, p.137-141.

Expositions: 

L'Afrique des routes (Musée du Quai Branly - 31/01-12/11/2017)

Exposition internationale d'art byzantin (1931)



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